SFR : la bataille d’Altice

SFR : la bataille d’Altice


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Altice, qu’est-ce que c’est ? 

 

Altice, ce sont plusieurs entreprises et plusieurs activités : Numericable, Virgin Mobile, NextRadio TV (BFM TV, RMC) ou encore les journaux Libération et L’Express. Mais Altice c’est aussi et surtout SFR. Souvenez-vous, en 2014, Numericable (Altice) s’est battu bec et ongles contre Bouygues pour racheter l’opérateur mobile.

 

Aujourd’hui, la filiale aux 20 millions d’abonnés fixe et mobile est la plus mal en point de l’entreprise. Depuis trois ans maintenant, le numéro deux du mobile en France – relégué à la troisième place dans le fixe derrière Free (Iliad) – a perdu plus de 1,6 million de clients mobile et plus d’un demi-million d’abonnés fixes.

 

Des chiffres qui montrent qu’aujourd’hui encore SFR paie le manque d’investissement passé : une qualité de réseau moyenne et un service client qui laisse à désirer.

Que s’est-il passé chez Altice ?

 

En novembre 2017, Patrick Drahi, fondateur du groupe Altice, a repris les commandes de SFR suite aux mauvais résultats de l’entreprise et à la démission du directeur général Michel Combes.

 

La décision de Michel Combes fait suite aux mauvais résultats trimestriels publiés le 2 novembre. D’après ces derniers chiffres, Altice a abandonné plus d’un tiers de sa valeur boursière (34 %) en une semaine et plus de 54 % depuis le 9 juin. De quoi faire paniquer les investisseurs.

 

À noter que la démission du directeur général survient dans un contexte d’instabilité de la direction du groupe : en septembre, le directeur général de l’opérateur de télécoms SFR, Michel Paulin, avait lui aussi quitté ses fonctions.

 

Pour pallier ce problème, Patrick Drahi revient donc aux manettes. Michel Combes est remplacé par le bras droit de Patrick Drahi, Dexter Goei, qui dirigeait jusque-là les activités d’Altice aux États-Unis. Alain Weill monte en grade en prenant la fonction de PDG de SFR et de directeur des activités médias d’Altice. Le directeur financier Dennis Okhuijsen assume la direction générale d’Altice en Europe. Enfin, Armando Pereira, le tailleur de coûts de Patrick Drahi, est quant à lui désigné directeur des opérations d’Altice.

Principal problème : le management

 

Le 15 novembre 2017 à Barcelone, devant un parterre d’analystes, le président et fondateur d’Altice a pris la parole pour faire un mea culpa sur certaines erreurs commises et clarifier l‘organisation du management de son groupe.

 

L’heure est grave. Patrick Drahi en personne est venu à Barcelone défendre la stratégie de son groupe, devant un parterre d’analystes spécialisés dans les télécoms réunis comme tous les ans. Alors que l’action de son groupe a cédé plus de 40% en huit jours, le fondateur d’Altice a fait son mea culpa. Un fait rarissime, les occasions où Patrick Drahi a reconnu publiquement s’être trompé se comptant sur les doigts d’une main.

 

La première fois, c’était en 2007 lorsqu’il avait dû s’excuser auprès des clients Noos-Numericable. Cette fois, ce sont les clients de SFR qui sont au cœur de ses attentions. « On vend mal nos produits et on ne s’occupe pas assez bien de nos clients » a-t-il reconnu. Il est revenu sur les hausses tarifaires de 1 à 3 euros que le groupe a mis en place cet été, justifiées par l’accès à des contenus supplémentaires. Pour illustrer son propos, Patrick Drahi s’est fendu d’une petite démonstration, avec son style inimitable, demandant à l’animateur de la table ronde combien il serait prêt à payer pour regarder le rugby. Lequel a répondu 10 euros par mois. Il a ensuite expliqué que son directeur général, Dexter Goei, n’était pas prêt à débourser un centime pour cela. « On a vendu trop cher à ceux qui n’en voulaient pas, et pas assez cher à ceux qui en voulaient », résume-t-il.

 

Patrick Drahi conference des actionnaires altice à barcelonePatrick Drahi conférence des actionnaires Altice à barcelone, le figaro.fr

 

Il reste convaincu que la « stratégie de convergence entre les télécoms et les médias reste la bonne, mais que c’est la façon dont cette stratégie est mise en place qu’il faut revoir ». Patrick Drahi rappelle avoir massivement investi dans le réseau de SFR : «si nous perdons des clients aujourd’hui, ce n’est pas parce que le réseau n’est pas bon, c’est parce que nous ne savons pas répondre à leurs petits problèmes ». Quand avoir un conseiller au téléphone pour changer d’option tourne au cauchemar, les abonnés quittent le navire.

 

Il a aussi estimé que le départ de plus d’un tiers des effectifs avait contribué à déstabiliser le groupe. Malgré ses déboires boursiers, l’homme d’affaires, qui n’a manifestement pas perdu son sens de l’humour, a expliqué qu’il avait rencontré les salariés de SFR mardi, « et la bonne nouvelle, c’est que je n’ai pas reçu de tomate, ni eu de critique ! », a-t-il lancé.

 

L’heure étant aux excuses, le patron d’Altice a aussi implicitement reconnu ne pas s’être suffisamment occupé de ses actifs français. Six mois après avoir racheté SFR, il s’envolait pour le Portugal où il rachetait l’opérateur télécoms historique. Et six mois plus tard, il mettait le cap sur les États-Unis, pour deux acquisitions de câblo-opérateurs. Il paye aujourd’hui le prix fort de cette croissance à marche forcée. Aujourd’hui, il est de retour aux affaires. Après avoir rencontré les salariés du groupe mardi matin, il se veut rassurant. Il a aussi voulu clarifier l’organisation du management d’Altice. Alain Weill, qui vient d’être nommé DG d’Altice France est avant tout en charge de la partie média (développement des contenus gratuits et payants) et des relations du groupe avec les institutionnels et les politiques. Charge à Armando Peireira de s’occuper des télécoms, du développement des réseaux.

L’avenir de SFR

 

3 mois plus tard la situation de SFR ne s’est pas améliorée. L’agence de notation financière, chargé d’évaluer le risque de non-remboursement d’une entreprise, réfléchit à abaisser la note de crédit du géant des télécoms et des médias du milliardaire Patrick Drahi. Elle se montre notamment critique vis-à-vis de la décision du groupe de séparer ses activités des deux côtés de l’Atlantique.

 

A l’ouverture des marchés, ce mercredi matin, Altice plongeait de 5,37% à la Bourse d’Amsterdam, 8,49 euros. Les investisseurs ont notamment réagi à l’annonce de Standard & Poor’s. Dans un communiqué, l’agence de notation financière américaine a indiqué qu’elle envisageait de dégrader d’un cran la note de crédit du groupe de télécoms et de médias (B+). Elle affirme qu’elle se décidera dans trois mois, en attendant l’annonce de ses résultats annuels.

 

Dans sa missive, S&P s’est montré particulièrement critique vis-à-vis de la décision du milliardaire Patrick Drahi, le fondateur et propriétaire d’Altice, de séparer ses activités en Europe et aux Etats-Unis. Annoncée en début de semaine dernière, cette mesure vise à séparer le groupe en deux entités distinctes. D’un côté Altice USA, qui comprend les câblo-opérateurs américains Suddenlink et Cablevision. Et de l’autre côté Altice Europe, dont le principal actif est SFR, le numéro deux des télécoms en France.

 

Pour S&P, cette séparation « va affaiblir l’assise d’Altice NV (la holding du groupe qui ne contrôlera plus qu’Altice Europe, NDLR), sa diversité et ses perspectives de croissance, et sa capacité à se désendetter va encore plus dépendre de SFR ». En outre, l’agence américaine affirme que les pressions sur le chiffre d’affaires en France au quatrième trimestre « se sont probablement maintenues ». Ce qui signifie, en clair, qu’« un retournement rapide de SFR est improbable », ajoute-t-elle.

 

Au même moment, Kepler Cheuvreux a abaissé sa recommandation sur Altice. Ses analystes sont passés de « conserver » à réduire » sur le titre, avec un objectif de cours de 7,5 euros, contre 11 euros auparavant. Selon Kepler Cheuvreux, « les récentes mesures de restructuration devraient être positives pour Altice USA, mais il est peu probable qu’elles le soient pour les actifs européens ». De plus, ces analystes anticipent une augmentation temporaire de l’endettement cette année, avec une probable baisse de l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) en France et de la trésorerie.

 

« Nous ne nous attendons pas à ce qu’Altice atteigne son objectif d’un ratio dette nette/Ebitda de 4x, même avec des cessions d’actifs, ce qui rend le groupe extrêmement vulnérable et volatil », soulignent-t-ils

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